Violence scolaire, pourquoi tourne-t-on en rond ?
L’Éditorial du Café Pédagogique du 18 février 2010
Violence scolaire : Pourquoi tourne-t-on en rond ?
Les incidents survenus dans l’académie de Créteil, les mouvements qui les accompagnent ont remis au premier plan la question de la violence scolaire. Le sujet revient d’ailleurs régulièrement à chaque incident.
Il est donc d’autant plus troublant de voir les médias et les acteurs répéter les mêmes gestes et les mêmes opinions. A chaque fois revient par exemple la stigmatisation des familles, les stéréotypes éculés, les propositions foireuses. Un exemple abouti en est fourni par l’éditorial de R Solé dans Le Monde qui additionne les clichés, présentant une prof menacée de violences et de viol par des jeunes apportant des armes durant son cours. Il conclut en dénoncant le déficit d’autorité parentale.
A nouveau, on assiste à une erreur de diagnostic. Si toutes les formes de violence scolaire sont à combattre, le ministre, et les médias aussi, privilégient toujours les formes les plus spectaculaires de la violence, celles qui font des victimes. Or la violence scolaire c’est à 80% le harcèlement (le bullying) exercé par des élèves sur d’autres élèves. Cette forme-là, qui n’est pas spectaculaire, et qui s’exerce entre jeunes, a autant d’effets négatifs sur les élèves qu’elle suscite peu d’intérêt chez les politiques.
Si les liens entre établissement et police ne sont pas inutiles, il faut ajouter qu’aucune mesure policière n’empêchera les coups de folie qui peuvent se terminer en bain de sang. Aucun policier n’aidera un jeune à apprendre à contenir sa colère.
Pourtant des solutions existent. Eric Debarbieux, qui mène en ce moment avec la mairie de Paris une expérience originale, estime qu’il y a des facteurs propres aux établissements dans leur organisation matérielle. La baisse du nombre de surveillants, des recoins mal contrôlés sont par exemple des facteurs de violence. Il y a surtout des causes à chercher au cœur même du fonctionnement de nos établissements. C’est la solitude des enseignants et l’anonymat des élèves qui favorisent le harcèlement. C’est la maigreur de la formation à la gestion du stress et des groupes qui fragilise des enseignants. La violence scolaire explose à la rencontre entre l’état de notre école et celui de notre société.

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