Après les évaluations, les audits pour les améliorer
Témoignage d’une enseignante, tout est véridique, nous avons juste enlevé sa signature, voilà comment ils se servent des évaluations nationales.
Sur ce sujet de l’évaluation d’école, je peux essayer de vous faire part du déroulement de celle qui a eu lieu sur le groupe scolaire dans lequel je travaille.
L’évaluation, qui vient de s’achever, a duré deux semaines. Elle a débuté par une réunion d’une heure et demi pendant notre pause déjeuner avec "l’équipe évaluatrice", à savoir l’ICC, le conseiller pédagogique de la circonscription et trois autres conseillers péda. Au cours de cette réunion nous ont été présentés les objectifs et modalités de cette évaluation d’école. L’objectif annoncé est explicitement l’amélioration des résultats de l’école aux évaluations nationales. Quant aux modalités, toute l’équipe est inspectée (observation d’une heure et entretien d’une demi heure, avec 2 inspecteurs certains jours), exception faite des collègues déjà inspectés l’année précédente qui recevront eux la visite du conseiller pédagogique, avec rapport de visite...
Pour finir, l’inspectrice nous présente des hypothèses de travail, qui sont en fait l’annonce de tout ce qu’elle cherchera à nous imposer à l’issue de ces 15 jours, voire d’ailleurs avant même la fin de l’évaluation. Pour preuve deux réunions (toujours pendant notre pause déjeuner) portant l’une sur la mise en place du "classeur des arts" et l’autre sur celle d’une chorale, qui sont deux hypothèses/conclusions sur ce qui serait bon pour nous de mettre en application très vite...
A l’issue des évaluations individuelles, deux nouvelles réunions (trjs à midi) pour faire le bilan et énoncer notre contrat d’objectif. Il va s’agir pour nous d’améliorer de 10% les résultats aux évaluations nationales. A noter que l’évaluation d’école fait l’objet d’une synthèse rédigée par l’ICC, dans laquelle figurera le contrat d’objectif, tout ça devrait donc être écrit noir sur blanc. Oralement l’inspectrice suggère même de préparer ces évaluations avec ses élèves. Ces résultats sont présentés comme des données objectives, l’analyse se basant sur l’écart entre les résultats de l’école d’une part et ceux de la circonscription et de l’académie d’autre part.
S’en suit une analyse items par items de "nos" échecs, qui sont en partie présentés comme les échecs des enseignants, mais pas que puisqu’on nous explique que les élèves échouent par exemple en conjugaison parce qu’ils ne sont pas habitués à mémoriser dans leur famille, "les mamans africaines ne parlant pas avec leurs enfants".......
Arrive ensuite une liste d’actions à mener qui seront l’objet d’un plan trisannuel qui devrait se substituer au projet d’école. Des trucs du genre "réduire de 30 % le temps de parole des enfants et des enseignants", "recentrer sur les fondamentaux en systématisant les exos type BLED", "supprimer toutes les activités hors programme comme les ateliers philo", etc...
Et pour finir, des animations pédagogiques obligatoires (entre 6 et 14h selon les enseignants) et une injonction pour tous d’aller voir une classe de même niveau que la sienne pour se remémorer ce qu’est la norme.
Les rapports d’inspection comportent tous une partie identique (les 2 tiers du rapport) qui consiste en une "analyse" des résultats aux évaluations nationales, et oui encore elles.
Je vous laisse méditer là-dessus...
